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1995 LA TRAVERSEE DE L'ATLANTIQUE

Prise de possession de Sagapo

Françoise m'a rejoint à New York pour la mise à l'eau à New Haven devant Long Island.

Après celle-ci nous sommes partis avec l'ancien propriétaire jusqu'au port de Great Kills, pour laisser le bateau au mouillage et le préparer à la traversée. Navigation dans la baie en suivant Long Island jusqu'à L'Hudson et traversée de N.Y. pousser par un fort courant.

Il est extraordinaire de traverser en bateau une Méga(lo)pole comme N.Y. ; assister à toute cette agitation, la circulation infernale sur des autoroutes urbaines, qui se chevauchent, s'entrecroisent, s'emmêlent. Les hélicoptères qui naviguent en tous sens, un téléphérique qui surplombe l'Hudson et relie les deux rives a l'image des nombreux ponts anciens ou récents. Passage devant une prison flottante, sur le toit grillagé, les détenus jouent au basket. Nous croisons quelques bateaux, à moteur, à voile quelques vieux gréement. Étonnamment le bruit infernal de cette ville nous parvient à peine, comme un murmure, l'odeur de la mer reste dominante.

Enfin nous dépassons Manhattan, l'empire stade Building est dominé par les deux tours qui disparaîtrons dans six ans. Enfin après avoir franchi le pont de Brooklyn, nous passons au large du vieux port, aux pontons quelques magnifiques vieux gréements tirent sur leurs amarres. Un peu plus tard nous arrivons dans la baie de N.Y. et allons chatouiller les pieds de l'énorme statue de la liberté pour enfin terminer ce trip inoubliable dans le port de Great Kills.

New York, dominée par les deux tours du WTC qui disparaîtrons dans six ans.

de New York à Lagos

On peut traverser l'Atlantique dans plusieurs sens, nord-sud, sud nord, est-ouest et ouest est, selon que l'on se trouve au départ des côtes Européennes, Américaines ou Africaines, la navigation sera plus ou moins difficile. Les vents et les courants dominants diffèrent complètement d'un endroit à l'autre, d'un sens à l'autre.

Au départ de New York, les pilots charter * indiquent pour mai et juin que nous aurions 60% de chance d'avoir des vents de Ouest/ Sud-ouest aux environs du 38ème parallèle. Sur les 32 jours de navigation, nous avons eu peu de vent de cette direction. Nous avons donc eu très précisément:

direction du vent nombre de jours

ouest

2

nord-est

18

sud-ouest

4

nord-ouest

1

sud

1

26 jours de vent et les jours restants: pétole* complète." De wind komt van boven " disent les hollandais. Moi, j'appellerais ça la Loi de la vexation universelle. Ces jours sans vent, nous n'avons pas hésité à mettre le moteur en marche. Le réservoir (150L..) était pratiquement vide en arrivant à Horta. Les puristes nous excuseront, un membre de l'équipage, avait juste 30 jours de congé avant de reprendre son boulot.

 

L'équipage:

L'équipage m'a rejoint à Montréal, seule destination pour laquelle nous avons trouvé des aller simples; nous avons regagné New York à bord d'une voiture de location. Sylvie Mommen, Michel Sûber et Jean François Wodon, tous trois, moniteurs de voile dans l'a.s.b.l. Sélété que j'ai créée en 1985.

Michel se propose comme cuistot, et organise l'avitaillement pour quatre personnes: 3 repas par jour pendant trente jours; je peux vous assurer que cela prend de la place, cependant tout disparaît dans les nombreux équipets* de Sagapo. Malgré le désalinisateur*, nous prévoyons quelques bidons d'eau au cas ou......nous les stockons sur le pont arrière, arrimés presque suffisamment vu que quelques uns seulement survivrons aux coups de tabac.

Les légumes et les fruits sont stockés dans un filet au plafond du carré fixé entre les mains courantes, les conserves sont planquées dans les coffres et les équipets.

Tout au long de la route nous avons filmé, avec un petit caméscope HI8 souvenir impérissable

Les quarts:

Comme nous sommes quatre, nous décidons, de faire des quarts de trois heures, chacun fera donc deux quarts par 24 heures, un de jour un de nuit. Nous décidons également de changer les heures à la première étapes, c'est à dire, la première île des Acores où nous accosterons. Il y a 6 heures de différence entre N.Y. et le Portugal. La formule s'est avérée bonne.

Préparation:

Pour que l'équipage fasse connaissance avec Sagapo, vu que le temps est déjà compté Sylvie n'ayant que 30 jours de congé, nous ferons une sortie d'un journée dans la baie de N.Y. jusqu'au pied de la fameuse statue qui cherche depuis sa naissance, un flambeau à la main ...la Liberté. Sublime! Ce fut suffisant.

Le voyage:

Le 23 mai 1995, nous levons les ancres, le bateau était au mouillage depuis 15 jours, dans le port de great Kills, près de New York. Avec les marées, les deux chaînes se sont emmêlées et la manœuvre, de détricoter, prendra un certain temps. Depuis lors, je préfère empenneler* une deuxième ancre sur la même chaîne. C'est nettement plus simple et ça tient mieux, si le mouillage est de longue durée. L'affourchage* a l'inconvénient, dans les cas où le plan de mouillage comporte en plus des marées, donc des changements de sens des courants, de nombreux changements de vents. Les chaînes finissent par s'entremêler, c'est emmêlement produit le raccourcissement du mouillage et finit par décrocher.

Les deux ou trois premiers jours, nous ferons une moyenne de 150 miles* ensuite les jours suivants se suivent et se ressemblent. La routine s'installe.

Le cinquième jour, nous subissons un solide coup de tabac qui nous oblige à nous mettre à la cape sèche* pendant 24 heures. Dérive donc de quelques miles au sud. Trois jours plus tard, pendant le quart de Jean François, le vent forcit et le pilote n'a pu suivre provoquant ainsi un empannage* involontaire, la grand voile est déchirée et le génois est complètement entortillé, nous sommes obligés, la mort dans l'âme, de le découper à coups de couteau. Nous continuons la route sous artimon et un foc plus petit. Après quelques heures de couture, nous pouvons rétablir la grand voile.

En cours de route, nous constatons que le pataras* a quelques torons cassés, tout le monde peut comprendre que s'il cède le mât risque de dégringoler vers l'avant, pendant trois jours, je tenterai de monter au faîte du mât, assuré par les équipiers, pour y accrocher des aussières * affin de soulager le câble défectueux. Malgré les échelons de mât, je n'y arrive enfin que le troisième jour tant la houle était forte. Ensuite, ce sera le hauban bâbord qui présentera un vilain gendarme: re belote pour grimper au mat et fixer de nouvelles haussières, enfin c'est la drisse de spi qui à force de raguer* sur l'étai* a rendu l'âme et une fois de plus...escalade au sommet! Lors de longue route, il est très important d'être attentif à tout frottement, à tout raguage provoquant des avaries qu'il n'est pas toujours aisé de réparer en navigation...mieux vaut prévenir...

Les jours continuent à se suivre, comme des clones, ils se ressemblent, il est rare de se retrouver rassemblés tous le quatre en même temps, il y en a toujours un ou deux soit qui dort, soit qui récupère ou fait la sieste. Pour passer le temps, soit on barre, on fait du pain, Sylvie nous prépare des quatre quart aux fruits, et Michel toujours aux fourneaux nous concocte les petits plats dans les grands. Nous aurons de la viande, conservée dans le bac à glace du frigo, pendant dix jours, souvent nous la cuisons au barbecue.

La ligne à la traîne nous fournira deux poissons de plus ou moins 5 kilos. Le deuxième, un peu moins fin que le premier restera pour nous un parfait inconnu, malgré les recherches effectuées dans le bouquin qui en recense cependant 700! Après une semaine, plus de café... plus de tabac; d'une part, on se rabat sur les différents thés et pour rouler une clope, rien de tel que le thym ou les herbes de Provence fini la nicotine. Pour passer le temps nous organisons des joutes de Tetris sur le Game Boy, les jeux de cartes font fureur les échecs aussi. Les bouquins et les bandes dessinées sont lus et relus.

Question visite c'est un peu calme, plusieurs fois, nous aurons celles des dauphins, toujours sympas et farceurs, il viennent défier l'étrave de Sagapo, dans des jeux enthousiastes et facétieux. Un tout petit oiseau, pas plus grand qu'un moineau, viendra se reposer tout une nuit, à l'intérieur du bateau il déclinera une invitation à dîner, et s'en ira tôt le matin vers sa destination mystérieuse. Plus vraisemblable, des oiseaux de mer nous accompagneront pendant une bonne semaine pour enfin nous quitter pour leur propre destination. Un jour de pétole, Sylvie est la seule qui a eu l'audace de plonger dans l'océan, assurée quand même par un bout*.

Le dix-huitième jour, nous arrivons en vue de la première île de l'archipel des Acores, Florès! hélas je n'ai pas trouvé les carte de détail à N.Y. et c'est au pifomètre que nous tentons un premier accostage dans un petit port, Santa Cruz, au nord de l'île. Mais la houle est trop forte et pour éviter de le casse nous décidons de chercher plus loin. Jean François en appelant sur la VHF, aura les indications voulues pour joindre le porto d'as Lages, nettement mieux, mais dans lequel, par certains vent une houle y entre et ne permet pas aux bateaux de rester à quai, il faut donc jeter l'ancre et lancer une amarre à quai.

L'accueil à Flores fut incroyable! un restaurateur nous a invité a dîner... et a prendre une douche! le repas fut mémorable et copieusement arrosé Michel passera une partie de la nuit dans un égout depuis lors baptisé le trou du belge! pour plus de détails contactez le.

Deux jours plus tard, on largue les amarres pour le port de Horta sur l'île de Faial, le port le plus important de tout l'archipel, cependant nous n'y trouverons aucune pièce de rechange pour effectuer les nombreuses petites et grandes réparations. La douane nous a invités à dédouaner Sagapo. Ici vous payez 13% de T.V.A. au lieu de 25% (1995) en Belgique. L'argument était d'un poids décisif, cela nous fera perdre cinq jours, le temps de faire venir les sous de Belgique.

Un cinquième équipier, Vincent, frère de Jean-François, nous rejoint et nous repartons vers le Portugal, vent au travers, cette dernière longueur sera réalisée en huit jours, seule anecdote intéressante nous avons croisé la route d'un troupeau de Rorquals majestueux, et un voilier venant du Portugal que nous perdrons de vue en l'espace d'un quart d'heure.

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Lexique d'expressions

* Affourchage: Affourcher, c'est jeter deux ancres au bout de deux chaînes indépendantes qui rejoignent l'avant du bateau avec un angle de plus ou moins 45°

* Aussière ou Haussière: Cordages, synonyme d'amarres

* Baille: Baquet. Mais veut dire aussi le bateau quand il est vieux et la mer si on y tombe ou laisse tomber quelque chose.

* Bathymétrie: Mesure des profondeurs marines - cartes Bathimétriques

*Bout: une corde parmi d'autres.

*Bryc: Bruxelles Royal Yacht Club

* Cape: Manœuvre qui consiste à établir le bateau de manière à ce qu'il se mette au travers de la houle, elle peut être sous toile ou sans (sans toile c'est la cape sèche). En solitaire, cette manœuvre peut grandement aider lorsqu'il faut mettre un ris par exemple, ou pour toute intervention qui obligerait à barrer simultanément. Certains se mettent à la cape pour aller dormir, pour ma part, je préfère avancer, un bateau à l'arrêt, sans homme de quart, me semble aussi dangereux, pour soi-même et pour les autres, qu'un conteneur ou une épave à la dérive.

* corps mort : grosse pièce de béton, reliée par une chaîne a un flotteur auquel on peut s'amarrer au moyen d'une amarre. synonyme: Orin, Boule 

*desal ou:

* Désalinisateur: Appareil qui, par osmose-inverse, filtre l'eau de mer pour la rendre potable. Celui qui équipe Sagapo est de la Marque: Power Survivor, pris d'achat à N.Y en 1995: 1.860 e, pompe électrique 5 Watts, rendement 5 litres heures, fonctionne depuis 1995, frais d'entretien: plus ou moins 300 Euros en dix ans. Il n'est absolument pas nécessaire d'ajouter un désinfectant, de type chloré, dans l'eau obtenue qui est, par ailleurs, excellente à boire. Néanmoins, ce système est déconseillé aux personnes qui suivent un régime médical sans sel. Le taux de sodium reste fort élevé bien que, au niveau gustatif, rien ne peut être décelé.

*Equipets: armoires, dans un bateau, pouvant être sous les banquettes ou contre la coque.

* Empannage: Manœuvre qui consiste à virer de bord vent arrière, lorsque c'est involontaire, cela provoque souvent de la casse.

* Empenneler: Consiste à ajouter sur la chaîne principale un bout de chaîne avec une deuxième ancre, celle-ci maintiendra le mouillage principal bien à plat sur le fond condition essentiel pour une bonne tenue.

* Emmerdes, emmerdements: Jean-François DENIAU écrit dans son pétillant "Dictionnaire amoureux de la mer": En mer, les emmerdements d'abord s'additionnent, ensuite ils se multiplient" avec humour il appelle cela la loi de Deniau, chaque marin lui donne son propre nom. Personnellement je préfère appeler ça les emmerdements exponentiels parce qu'on ne sait pas par combien ils vont se multiplier.

* Étais: Câble soutenant le mât, de son faîte vers l'avant du bateau.

* Fontana: fontaine publique, généralement une citerne ou camion citerne dont l'eau provient d'un désalinisateur. Celui ci transforme l'eau de mer en eau potable.

* Longues oreilles: Lapin, La superstition interdit de prononcer le mot "lapin" sur un bateau. Sur le Cata d'Alain et Maryvonne, je marquais mon étonnement devant une toile cirée, toute neuve mais pleine de trous fraîchement découpés, Maryvonne m'avoua y avoir découpé tous les petits lapins! Cette superstition date probablement du temps de la marine en bois, ces petits rongeurs, pas très futés, creusaient leur terrier dans la coque!

* Mile marin : équivaut à 1852 mètres soit la 60e partie d'un degré équatorial.

* Mouillage forain: Jeter l'ancre de préférence dans un coin bien abrité.

* œuvres vives : Toutes la partie de la coque d'un bateau qui se trouve sous la ligne de flottaison œuvres mortes tous ce qui est au dessus de la ligne de flottaison.

* corps mort : Bouée lestée d'un coffre en béton ou d'une ancre pour amarrer le bateau, synonymes: Orin ou mouillage

* Pataras : Câble d'acier généralement torsadé, maintenant le mât par l'arrière.

* Pétole: expression désignant l'absence totale de vent

* Pilots charter : Cartes spéciales qui indiquent, mois par mois, la moyenne statistique depuis le 19e siècle (vents et courants dominants, les températures de l'eau et de l'air, la limite des icebergs, les routes des grands cargos etc. etc.)

* Raguer, raguage: frottement d'une chose sur une autre, une drisse sur un hauban, une voile sur les filières, provoquant une usure prématurée aboutissant généralement à une rupture ou une déchirure.

* Safran ou gouvernail

* Sophrologie : Technique de relaxation dont la première application fut l'accouchement sans douleur.

*Spi asymétrique ou génaeker: Voile en toile de Spi très légère de 80 mètres carré très facile à utiliser

*Génaeker ou spi asymétrique

*surventement: appelé aussi venturi ((je n'ai pu vérifier l'orthographe n'y de l'un ni de l'autre). Il s'agit d'une accélération du vent provoquée par la proximité de deux îles ou par leur relief; ces accélérations sont fréquentes, dans la vallée, entre deux montagnes et peuvent parfois provoquer de sérieux dégât au bateau qui reste trop toilé.

*travellift: espèce de pont roulant qui permet de sortir un bateau de l'eau même s'il est mâté.

*Tangonner: action d'utiliser un tangon espèce de bôme, longue tige en aluminium pour tendre une voile vent arrière

*Tranquadra: Transatlantique des plus de quarante ans

*Venturi : voir surventement

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