RETOUR DU CAP VERT

DU PARADIS EN PASSANT PAR L'ENFER

L'administration belge sabote notre projet,  Françoise avait réussi a obtenir une pause carrière en principe définitive, mais LA LOI est changeante, normale puisqu'elle est féminine (macho va); mais cela ne nous arrange pas du tout. Conclusion Françoise doit rentrer au pays pour prester un préavis de 2 ans vu qu'elle a été remplacée. Cette logique administrative est difficilement compréhensible, imaginé le coût de cette  stupide galère, en plus cela ne plaît vraiment à personne. Bref elle rentre, le cœur gros, en avion et moi je prépare le retour au plus court.

C'est à dire Cap Vert Açores - Açores -  Belgique. Théoriquement en deux étapes (faut rêver!)

Après deux ans de navigation entre le Cap Vert et le Sénégal, Sagapo a besoin de petits soins. Carénage, remplacement du pilote qui à rendu son électronique en très courts circuits. Bref, check up complet. A propos du pilote qui commande un circuit hydraulique, je ne trouve pas, dans ce pays pauvre, les conduites idéales. Je me rabat sur des tubes souples style raccords Shell, espérons que cela tienne.  Le pilote en solitaire ça sert!. Un bête petit raccord est introuvable 3/8' / 1/4' je me résous à souder deux raccords ensemble qui devrait faire l'affaire. Pas de lampe à souder le réchaud du carré fait l'affaire.( En 2007 cela tient toujours!)

La veille du départ je reçois la visite d'un compatriote Anversois, il s'est fait piquer son annexe, c'est un gros problème dans ces régions parce qu'on est constamment  au mouillage, après discussion j'échange mon annexe contre son Bip huit places, en cas de coup dur je serai confortablement installé à condition qu'il veut bien s'ouvrir. Qui coulera verra.

 

 

 

Voici approximativement les

principaux problèmes rencontrés

pendant ce trip.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Départ le 7 octobre, oui d'accord c'est fort tard pour la saison mais la 1ère étape est tout à fait réalisable, la deuxième est plus aléatoire, mais ce qui est fait est réalisé...on verra.

Malgré les avis et les influences dissuasives des amis, Franck et Lorna sur Odin et de Claude Vermeer Capitaine d'Oceanos lors de notre soirée d'adieu, copieusement arrosée des fortissimos spécialités du pays; je lève l'ancre au petit matin, avant le levé du soleil, les adieux prolongés de la veille me suffisent, je risque de craquer, salut les copains: à la revoilliure!

Le vent est au Nord Nord Est, 4 à 5 beaufort les alizés sont bien établis, la grand voile, est hissée avec  un ris, et le génois  totalement déployés. Je contourne l'ile de Sal par l'ouest. La vitesse est de 6 à 7 nœuds. Une famille de grand dauphins vient saluer l'étrave de Sagapo dans des jeux joyeux et facétieux leur bonne humeur est communicative. La météo annonce un coup de vent au large de la Mauritanie, dans trois jours,  7 à 8 Beaufort Est Sud Est. Je me dis que c'est une opportunité, Sagapo en a vu d'autres et un vent travers arrière n'est pas pour me déplaire c'est très rare dans la région  et cela va booster ma route dans le bon cap.

Le troisième jours j'ai parcouru plus de 400 milles un tiers de la route vers Ponta Delgada à cette allure je serai rendu dans six jours. La Mauritanie est dépassée et pas de nouvelle du coup de vent aurais-je dépassé la zone critique?, mais brusquement le vent tombe, d'un seul coup, la mer devient comme un lac, un miroir. L'océan se tait, retient son souffle, il semble inspirer à fond pour mieux souffler. A l'Est le ciel semble rester définitivement serein. Une odeur indéfinissable sature  l'atmosphère...bizarre? La certitude est là un coup de vent se prépare, sera-t-il pour nous? ou avons nous dépassé la zone critique? quand je dis nous c'est Sagapo et moi. Le baromètre reste imperturbable, moi j'essaie de le rester.

Vu la pétole, je met le moulin en marche (le moteur) il tourne rond et la vitesse repasse à 6 nœuds, j'affale la grand voile et enroule le génois. Je met de l'ordre et vérifie tout. C'est à dire tout ce qui doit être attaché, le bip, la baille à outillage, rien laisser traîner sur les tables, contrôler les fermetures des équipets. Je rentre l'ancre dans sa baille et la fixe au moyen d'un bout. etc. rien ne doit pouvoir se détacher, s'envoler, ou cogner. Satisfait je refait un tour, un tour d'horizon il devient sombre, couleur brun roux, l'odeur c'est l'odeur du sable en suspension dans l'air,  un coup d'œil sur le baro. Ola il dégringole! Une houle insidieuse vient de l'Est de plus en plus forte le bateau commence à tanguer et rouler sérieusement mais toujours pas un pet de vent le moteur ronronne à 1800 tours.

Nous sommes le 10 Octobre

La houle est de plus en plus forte, elle vient du Sud Est, les ondes des vagues sont rondes mais de plus en plus hautes. soudain les haubans se mettent à siffler et émettent un son aigu et strident, toujours au moteur le bateau reste impavide, poussé par ses 35CV. Le vent souffle de plus en plus, les sons changent et d'aigus deviennent graves. aigus graves en alternance. Sagapo à sec de toile donne des coups de gîte ca y est nous y voilà!  Très vite les crêtes des vagues commencent à mousser d'abord puis elles déferlent. Les embruns rasent le pont de plus en plus à l'horizontal, la visibilité s'amenuise. Il ne pleut pas...pas encore.

Bon il y a du vent, moteur coupé, je déroule un rien de génois, un chouillat. La vitesse passe directement à 7 nœuds avec une gîte de 30° le pilote assure. Il est 15 heures. on se croirait la nuit tant il fait sombre. Tout à coup un éclair suivi, simultanément  d'une explosion un orage!, l'orage en plein dedans, en quelques secondes je déconnecte  toutes les antennes et coupe l'électricité sauf le pilote.  Le bateau est équipé d'un paratonnerre relié à la quille, mais je n'ai jamais eu l'occasion de tester son efficacité. Dans le doute on s'abstient d'expériences fallacieuses.

Les  éclairs succèdent aux coups de tonnerre sans transition ni interruption, les déferlantes de plus en plus agressives passent à l'assaut et franchissent allègrement  le bord. La fermeture du capot s'impose.  ouf! juste à temps, une grosse déferlante passe par dessus bord, elle me bouscule méchamment et je ne suis pas fâché de m'être attaché à la ligne de vie; je me retrouve les quatre fers en l'air avec de l'eau jusqu'au cou. le cockpit est plein à ras bord. Il n'a pas le temps de se vider qu'une deuxième vague remet ça puis une troisième et ça n'en fini plus. Je me réfugie à l'intérieur. Je me change complètement en tremblant des pieds à la tête j'ai froid ou j'ai la trouille? allez savoir.

Je regarde le thermomètre 36° bon O.K. ça doit être la trouille.

L'orage est passé, je rebranche les instruments et les antennes, après avoir retrouvé ses satellites le GPS m'indique une vitesse sur le fond de 9 nœuds  la gîte à plus ou moins 40° .L'orage est peut être passé mais le vent forcit encore. Le pilote tient le coup Sagapo malgré des invraisemblables embardées garde le cap.  j'allume le radar, rien d'inquiétant à 16 milles à la ronde. Je mange, je m'étend sur une couchette du carré, un œil sur les instruments et je m'endors la conscience professionnelle sans doute?. Il devait être 23 ou 24 heures.

Matin du 11 octobre 5e jour

Morphée me secoue, pour une fois c'est elle qui me réveille, inquiète... qu'est qui ce passe? en sursaut je saute de la couchette, plouf! les deux pieds dans l'eau. Je comprend que c'est le clapot qui m'a éveillé mais un clapot à l'intérieur du bateau...c'est vraiment pas normal ça. J'ai  de l'eau jusqu'aux chevilles voie d'eau? La pompe de cale n'a pas fonctionné, coup d'œil du coté des coupables, c'est le commutateur/flotteur qui s'est détaché, il flotte lamentablement à la surface et n'assure pas sa fonction. Je ferme le circuit manuel et la pompe assure enfin son office.   Elle pompe pendant deux heures son débit est de vingt litres minutes à vos calculettes! oui c'est bien ca 2.400 litres pas étonnant que Sagapo ce conduit comme un fer à repasser.

C'est a ce moment que je vois que le jour se lève il est 6 heures  j'ai dormi 6 à 7 heures dans un coup de tabac mémorable, inconscience? fatigue? je me sens en pleine forme. Coups des deux yeux dehors...le vent est complètement tombé et Sagapo roule lamentablement à l'arrêt le bout de génois faseillant bruyamment à chaque coup de roulis. Je l'enroule complètement.

Je ne trouve plus mes lunettes, pour un myope ce n'est pas confortable, néanmoins je fais le tour du propriétaire et constate les dégâts, la bôme de grand voile se repose sur les filières, la balancine à lâché, d'autre part la poulie d'écoute de grand voile à disparu? L'écoute pend lamentablement dans l'eau à bâbord. Un plexiglas de la capote à explosé à tribord. Le Bip a arraché ses sangles et c'est coincé entre deux chandelier, j'ai bien failli le perdre. Je répare ce que je peux. je refixe ce qu'il faut.

Je retourne à l'intérieur il est huit heures la pompe de cale commence à tourner à vide. j'éponge un peu partout et cherche une éventuelle voie d'eau... en vain pas une goutte, Je retrouve mes lunettes elles ont du tomber à terre et étaient sous l'eau une branche est cassée...merde. Je répare avec l'aide du fer à souder 12V.

Je prend un petit déjeuner copieux arrosé de café. Inspecte le moteur, pas d'eau ni dans l'huile ni dans le fuel, l'alternateur n'a pas été mouillé, mise en marche ça ronronne tout va bien c'est reparti pour 24 heures.

Mais quelque chose a changé... mais quoi? ce changement est angoissant parce que je n'arrive pas à le définir. Pris d'un besoin naturel je vais aux toilettes on y accède par une petite coursive comme d'habitude je m'appuie au chambranle de porte, surprise le chambranle s'est décollé de la paroi il accuse une flèche inquiétante je lève les yeux, le barrot s'est affaissé de quelques centimètres sur tribord. Le barrot c'est une pièce horizontale qui prend la forme du pont et qui soutient le grand mat. Si cela cède le grand mat risque de passer à travers le pont!!!! alléluia!

Le changement c'était les bruits, les sons  familiers de Sagapo, un bateau en polyester est relativement souple, les parois verticales assurent sa rigidité et émettent par frottement des bruits qui deviennent vite familiers, ce sont des craquements, des gémissements, toujours les mêmes selon les allures. Le bateau me parle il a son langage il m'a prévenu. Pensez que ces bruits je les entends depuis 1995 ce changement me fait comprendre la gravité du problème... il faut réparer et tout de suite. Mais comment?

Il ya pas mal d'outillage embarqué, mais c'est dérisoire en fonction du problème. Il faudrait démâter pour bien faire, faut pas rêver.

Réparation de fortune: dévisser les ridoirs pour soulager le pont.  Découper à la scie à main une pièce de bois de la largeur de l'entrée de la coursive, la coincer à coup de masse, visser le chambranle sur toute sa longueur, coller, copier et forwarder c'est fait. Bon il est 15 heures et espérons que cela tienne. Sagapo a retrouvé son langage habituel,  sans accent particulier il me dit cependant que ce bricolage est tout à fait provisoire, je suis d'accord avec lui. On verra à Ponta Delgada.

12 et 13 octobre

Un petit vent d'Est souffle régulièrement j'établi le spi asymétrique ce vent sympathique nous pousse entre quatre à cinq nœuds l'allure préférée de tout voilier: vent au travers.

14 octobre

Toujours sous spi vent d'est des pointes de vitesse  6 à 7 Nœuds  tout va bien à bord. Vers midi gros nuages à tribord, une belle dépression un kilimangaro ou un Himalaya de vents et de pluie ça va souffler. J'affale le spi et déroule un peu de  génois en attendant de voir venir.  Surprise je pensais passer derrière cette dépression, dans notre hémisphère elle est sensée se déplacée d'ouest en est mais c'est une contestataire, elle va dans l'autre sens. Je suis complètement surpris et aspiré à l'intérieur, un vrai  Milk shaker.

Ca ne dure pas trop longtemps, un calme plat succède au coup de vent. Je met le moteur en route il tourne quelques minutes et s'arrête. Bon v'là aut' chos'. Apparemment il pompe de l'air, je vérifie tout, remet en marche 3 minutes et puis s'arrête, belotte et rebelote   pendant une heure. La jauge est à zéro? c'est pas possible j'ai fait à peine 10 heures de moteur. Je me décide alors à mettre un bidon de réserve en perce, la prise de fuel du moteur directement dans le bidon.  Ca marche sans problème pendant une heure. Coup d'œil sur le bidon, consternation!, le bidon est quasi vide il m'a picolé, 15 litre en une heure.  Bref calcul: si il consomme 15 litres à l'heure vu le nombre d'heures moteur effectués depuis le départ les 150 litres du réservoir sont consommés le réservoir est donc vide. Ma conviction est totale, il faudra faire contrôler le moteur, pris d'une fringale incommensurable alors que d'habitude il plafonne à 2,5 litres heure. Bref a ce taux là il me reste quatre heures de moteur avec mes trois bidons de 20 litres en réserve. Raisonnement imparable et définitif. (l'erreur est parfois inhumaine).

Vers 17 heures le vent passe à l'est je hisse toutes les voiles. Et décide de ne plus faire de moteur. Je coupe le frigo et économise sur tout. Plus de radar, plus de feu de navigation, seul le pilote à droit à ses kilowatts. Et plus de sommeil pour le capitaine.

15 Octobre

Le vent toujours à l'Est nous passons à l'ouest des Canaries, elles sont à 560 miles, Madère est à 557 Mn et Ponta Delgada à 460 Mn le but premier de ce trip.  "Si"  le vent continue comme cela nous seront rendu dans quatre ou cinq jours.

16  et 17 Octobre

Le vent est passé à l'Ouest d'un seul coup, on se retrouve au près, bâbord amure, je règle les voiles et coupe le pilote Sagapo garde son cap imperturbable et ne consomme plus un milliwatt. La vitesse est constante le moral est au zénith fleuretant tantôt avec le soleil, tantôt avec la lune et les étoiles. Je dors le jour et veille la nuit.  Aucun bateau n'a croisé notre route.

18 Octobre

Une grosse dépression nous surprend dans la nuit, affalé la grand voile, le vent toujours à l'Ouest à adonné de 30° nous restons sous génois seul, vent travers bâbord amure ça file bon train, le cap est toujours bon. La tourmente s'accroche toute la nuit, j'ai du évidemment remettre le pilote à la barre. On l'appel Raymond.

Au petit matin une explosion fait vibrer tout le bateau... qu'est que c'est encore?  L'attache de pataras à cassé en tête de mat et s'est emberlificotée dans les échelons qui jalonnent le grand mat. Sans pataras pas de voile. La situation devient cornélienne.

Bon reste l'artimon qui se reposait jusqu'ici, je hisse quand même le tourmentin endraillé sur le bas étai. La vitesse tombe à 4 nœuds, le cap est toujours bon. La mer est toujours déchaînée, mais cela n'a rien a voir avec ce que nous avons vécu au large de la Mauritanie.

19 Octobre

La mer est toujours aussi mauvaise la houle est terrible et le bateau roule, sous ses petites toiles. Tout à coup le pilote se met en alerte, je pense d'abord qu'il a décroché, mais c'est plus grave, un caddy a valsé dans une embardée et poussé par le vérin il a sectionné  une des conduites hydrauliques.  Mais bon dieu pourquoi n'ai-je pas fermé son équipet? Pas d'excuse c'est une connerie. Le plus grave c'est que je n'ai aucune pièces de rechange il faudra pour la suite non seulement se passer de pilote, mais la barre à roue commande le même circuit il faut donc mettre la barre franche à poste. Et barrer à la main jusqu'a Ponta Delgada.

Ces dernières 24 heures nous avons avancé de 64 milles. à cette allure là il reste quatre à cinq jours à tirer, peut être ou sûrement plus le vent est repassé au nord est et nous sommes à 40° à l'ouest de notre cap idéal. Le mat risque de se planter à tout moment, et la toile mise en œuvre ne permet que ce cap dérisoire .  Impossible avec la houle actuelle de réparer ou remplacer le pataras qui est volontaire pour grimper en tête de mat? Pas moi en tous cas et personne d'autre ne répond.

20 octobre

La mer s'est calmée je suis monté jusqu'au barres de flèche et réussi à passer une aussière autour du mat. Frappée ses deux extrémités aux taquets arrière et bordés à fond au moyen d'un palan, je peux à nouveau hisser la grand voile avec deux ris, et déployer le génois. Nous sommes au près, et en fixant la barre franche au moyen d'un bout Sagapo accepte enfin de garder son cap sans m'obliger a tenir la barre en permanence, je peux enfin me reposer un peu.   Le cap est à 20° à l'Ouest du but, c'est déjà mieux.

A la nuit tombante des lumières s'allume à l'horizon, c'est les Açores, heureux événement, sitôt cette certitude enregistrée le vent passe au nord sans transition, pan dans le pif! le cap passe à 60° de Ponta Delgada la fête n'est pas finie.

21 22 et 23 Octobre Le 21 je vire de bord, le vent reste au nord je décide de garder ce cap jusqu'au lendemain matin entre les deux bords avec le peu de toile et les courant contraire il y a à peu près 140°  ce qui me rapproche très peu du but. cela durera jusqu'au 23 je vois l'île de Santa Maria le jour, je vois ses lumières briller la nuit le 23 début d'après midi je suis à 15 milles de la côte. Je décide alors de brûler mes derniers litres de fuel. 60 litres à 15 litres à l'heure ça devrait le faire. 5 nœuds de moyenne c'est vraiment juste.

C'est le moment où l'étai décide de lâcher il ne tient que par la drisse. et le mat se balance d'avant en arrière comme un hochement.

Pourvu que la drisse tienne.

Après une heure je remplis le premier bidon avec le second, reste donc deux heures de moteur et 10 milles à parcourir mon calcul s'avère exact, mais 30 minutes plus tard le moteur cale.  Je vais voir ce qui se passe le bidon s'est renversé et pour l'heure le précieux liquide s'est répandu en laissant ses effluves nauséabondes envahir mon espace.  Le moteur est désamorcé je pompe et perd encore un peu de mazout. C'est le moment que choisit la drisse pour se rompre. Le moteur tourne à nouveau le mat balance d'avant en arrière  de plus en plus fort il ne tient plus à l'avant que par le bas étai  je sais que si il tombe ce sera par l'arrière dans l'axe où je me trouve coincé à côté du mat d'artimon en tenant la barre franche, sans grandes possibilités de me débiner rapidement. La houle et le vent son de paire et de face, de temps en temps je dois ralentir pour briser l'amplitude  du tangage. J'ai donc mis mon dernier bidon en perce il reste 8 à 9milles ce sera trop court. A cinq milles de la côte arrêt définitif plus une goute, panne sèche. Plus de voile, plus de moteur, et vent dans le pif c'est la dérive avec un  mat qui joue les métronomes. Un bateau de pêche passe le long de la côte, je l'appelle par VHF mais ne répond pas, pour cause je n'émet plus; l'antenne a été arrachée dans une tourmente mais ça je ne le sais pas encore.

J'envisage les possibilités, la balise, c'est encore trop tôt je ne suis pas vraiment en danger. Mon regard tombe sur le GSM que j'avais évidement éteint au Cap Vert je l'allume et O surprise j'ai une petite antenne timide.

Je décide d'appeler Françoise je n'ai pas le temps de chercher les coordonnées des secours à Santa Maria, à cause de la dérive ma petite antenne pourrait bien, elle  aussi, se débiner. Françoise décroche je la tranquillise comme je peux et lui donne ma position exacte, avec pour mission d'appeler les secours en mer j'ai juste besoin d'un peu de fuel. Quelques minutes plus tard la police maritime de Santa Maria m'appelle je confirme ma position et trente minutes plus tard il sont là un des hommes monte à bord avec un gros bidon de fuel. Une heure et demi plus tard me voilà dans le port de Santa Maria amarré au ponton.  Je vous assure que j'ai dormi comme un loir.

Les réparations:

Santa Maria est une joie petite iles, je crois la plus petite des Açores. C'est un caillou relativement haut, la ville du même nom jalonne de part et d'autre  la route qui monte au sommet.

Seul problème pas d'accastilleur pas de pièces de rechange. On m'indique cependant un mécanicien. C'est un Lituanien qui s'expatriait, en voilier, avec sa petite famille, espérant trouver un monde meilleur. Son bateau à été saisi par la douane (problème d'incompatibilités administratives)  Il est donc bloqué sur l'île en attendant de régler ses difficultés.

Bref  un jours il vient effectuer toutes les réparations, il ressoude la tête de mat, me fournit un étai, remet tout en ordre, un peu inquiet du montant de la facture qui n'a pas vraiment été défini, on en parle quand même.  Il ne veut rien? tout est cadeau!...et il n'y a pas à discuter... solidarité des hommes de mer???   et oui cela existe encore. Je ne peux évidemment accepter mais j'ai beau faire il ne veut rien entendre.  Ce que je ne sais pas encore c'est que je pourrai rembourser cette dette quelques mois plus tard.

erreur de jugement

Au port je fait évidemment le plein de fuel le compteur de la pompe s'arrête à 6O litres, le réservoir n'est donc pas vide. Essais de moteur, il s'arrête après quelque minutes et la jauge est toujours à zéro.???  En fait c'est la sonde qui est devenu poreuse ( un tuyau en cuivre qui va chercher le fuel jusqu'au fond du réservoir)  je la remplace et c'est terminé! plus de problème.  La jauge est foutue et le hasard de ces circonstance m'a fait croire que je consommait 15 litres.  Faut bien avouer que sans fuite, ce phénomène est quasi impossible. Quand je mettais un bidon en prise direct sur la pompe à fuel j'ai complètement perdu de vue qui il y a un retour vers la réservoir, conclusion chaque bidon de 20 litre envoyait plus de 15 litres dans le réservoir. ( quel con!) En résonnant un peu mieux je  me serais épargné bien des fatigues.

Nos sommes début novembre, trop tard pour se lancer dans la golf de Gascogne, Françoise et moi décidons de laisser Sagapo en hivernage à Ponta Delgada jusqu'au printemps prochain.

 

     

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